Un synopsis peut arrêter un risque avant le premier jour

Un synopsis peut arrêter un risque avant le premier jour
Second volet, ce qu'un synopsis peut empêcher avant qu'il ne soit trop tard 2/3.
Sur l'écran, une colonne de cinq lignes, dans un fichier de travail que personne, en dehors de moi, n'a jamais ouvert. Surcharge cognitive. Rupture pédagogique. Passivité. Évaluations déconnectées. Absence de transfert. Cinq mots secs, posés avant qu'une seule session de ce dispositif n'ait eu lieu.
Le commanditaire, lui, a reçu un document de trois pages. Un programme, un calendrier, une présentation des modalités. Rien qui ressemble à cette colonne. Ce n'est pas qu'on la lui ait cachée. C'est qu'elle ne lui était pas destinée. Un commanditaire n'a pas besoin de voir la liste de ce qui pourrait faire échouer son projet. Il a besoin qu'on s'en soit occupé avant lui.
Voir venir n'est pas suffisant
Il y a une confusion facile à faire, et je m'en méfie à chaque fois que je construis ce genre de grille. Identifier un risque avant qu'il ne survienne peut donner l'impression, une fois écrit noir sur blanc, d'avoir déjà fait le travail. Ce n'est pas vrai. Une liste de cinq risques, posée seule, ne protège personne. Elle ne fait que déplacer le problème d'un endroit à un autre, du terrain vers un fichier qu'on referme.
Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir vu venir la surcharge cognitive. C'est ce qu'on a fait, concrètement, dans la conception, à partir du moment où on l'a vue venir. Un dispositif de plusieurs semaines, alternant présentiel et distanciel, peut très facilement épuiser l'attention d'un groupe s'il enchaîne les apports théoriques sans respiration. Avant même d'écrire la première capsule vidéo, j'ai décidé qu'aucune séquence de contenu ne dépasserait un format court, systématiquement suivie d'un exercice ou d'une pause, jamais d'un nouvel apport. Ce n'est pas une intuition de dernière minute. C'est une réponse directe à une ligne de la colonne, posée avant que le dispositif n'existe.
Même chose pour la passivité. Un parcours qui alterne trop de modules descendants, même bien construits, finit par installer un apprenant en position d'observateur. J'ai construit, à intervalle régulier, des moments où le groupe doit produire quelque chose, une analyse, une restitution, une simulation, jamais seulement recevoir. Ce choix n'est pas apparu après coup, en réaction à un problème constaté. Il est né de la même colonne, avant le premier jour de formation.
Ce que le suivi a confirmé, pas ce qu'il a découvert
Plusieurs semaines après la fin du dispositif, un questionnaire à froid a été envoyé aux participants, suivi d'un temps d'échange collectif, puis d'un bilan individuel un peu plus tard. Ce suivi n'a pas révélé, avec surprise, que la surcharge cognitive avait été un problème. Il a confirmé, avec les mots des participants eux-mêmes, que le rythme tenait, que les temps de pratique avaient été jugés suffisants, que le transfert vers leur activité réelle avait eu lieu pour la majorité d'entre eux.
C'est une nuance qui change tout dans la façon de raconter ce travail. Ce n'est pas l'histoire d'un praticien qui aurait deviné un problème et l'aurait laissé se produire pour ensuite constater qu'il avait raison. C'est l'histoire d'un praticien qui a construit, en amont, une réponse précise à chaque risque identifié, et qui a ensuite vérifié, après coup, que cette réponse avait tenu. Voir venir un risque sans agir ne vaut rien. Voir venir un risque, y répondre dans la conception, puis vérifier que la réponse a fonctionné, c'est le seul cycle complet qui ait une valeur réelle.
Pourquoi cette colonne ne figure dans aucun rapport transmis
Je pourrais choisir de montrer cette grille à chaque commanditaire, comme preuve de sérieux. Je ne le fais pas, et ce n'est pas par prudence excessive. Un commanditaire qui découvre une liste de cinq risques pédagogiques, sans le contexte des réponses déjà construites pour chacun, retient rarement les réponses. Il retient les risques. Ce qui devait rassurer inquiète.
Ce que je transmets, à la place, c'est le résultat de ce travail, pas son inventaire. Un programme qui alterne les rythmes sans qu'on ait besoin de dire pourquoi. Des temps de pratique répartis sans qu'on ait besoin de justifier chaque emplacement. La grille reste dans mes fichiers, disponible si un jour on me demande de justifier une décision précise, mais elle n'a pas sa place dans un document destiné à rassurer quelqu'un sur un projet qui va commencer.
Ce que ça change, une fois qu'on le regarde en face
Je ne construis plus une liste de risques comme un exercice de style, ajouté après coup pour donner l'air méthodique à un dispositif déjà pensé. Je la construis avant, et je m'oblige à répondre à chaque ligne dans la conception elle-même, avant de passer à la ligne suivante. C'est plus lent. C'est aussi la seule façon de pouvoir dire, plusieurs mois plus tard, que ce qu'on avait anticipé n'a pas eu lieu, non pas par chance, mais parce qu'on avait déjà fait ce qu'il fallait pour que ça n'ait pas lieu.
Cette colonne de cinq mots, personne ne la verra jamais telle quelle. Ce que verront les participants, c'est un parcours qui semble avoir toujours été pensé ainsi, sans effort apparent, sans trace du travail qui l'a rendu possible. C'est peut-être la meilleure chose qu'on puisse dire d'une anticipation réussie. Elle disparaît complètement dans ce qu'elle a empêché.
